L' HISTOIRE DU PARFUM

Bienvenus à tous les passionnés qui souhaitent se former à l'art du parfum depuis le XIXème siècle. Cette période est fondatrice pour la parfumerie moderne; elle ne marque pas seulement le début de cette Industrie du luxe telle que nous la connaissons; c'est aussi et surtout, le moment où, porté par les développements de la science et des techniques, le parfumeur commence à disposer d'une plus large palette de matières premières pour travailler. Ces produits, souvent « de synthèse », utilisés dès 1884 sont des molécules existant ou non dans la nature. En apportant de nouveaux aspects olfactifs à la « palette du parfumeur », ils marqueront certains parfums célèbres comme aucun produit naturel n'aurait pu le faire.
Cette innovation est à l'origine d'un tournant dans l'histoire du parfum; ce qui n'était encore qu'un artisanat va devenir un véritable art majeur…

LES GRANDES ETAPES DE LA PARFUMERIE MODERNE

1 - L'Eau de Cologne - XVIIIème siècle - Se parfumer prend un nouveau sens.

Le parfum est attesté depuis l'antiquité mais sa vocation, son usage, sont très différents de ce que nous en faisons aujourd'hui. Les Egyptiens honoraient la divinité en l'enduisant de parfum, tandis que pour les Grecs, les dieux sentent naturellement bon car leur chair est incorruptible. Ces fondements sont ancrés dans notre mémoire collective mais pour ce qui est du parfum tel que nous l'utilisons pour plaire et se réjouir, tout commence vraiment au début du XVIII ème siècle. Alors, un Italien, Jean Marie Farina, a l'idée d'ouvrir un comptoir commercial dans la ville de Cologne pour y vendre une « potion », agréée par la faculté de médecine car elle présente de nombreuses vertus thérapeutiques. Il tient la formule de son oncle, Gian Paolo Feminis, qui lui même la tient de moines dominicains établis à Florence depuis le XIII ème siècle au couvent Santa Maria Novella. Ce « médicament » que l'on verse volontiers dans du vin est composé d'huiles essentielles : Orange, Citron, Bergamote, ensemble, entrent dans la composition à hauteur de 80% environ, Romarin à moins de 5%, et fleur d'oranger et petit grain (essence des feuilles d'oranger) entre 6 et 12%. C'est trois aspects en font l'accord principal. La potion tonifie, protège des maladies respiratoires, purifie… Elle possède toutes les vertus et bientôt séduit les cours d'Europe. Napoléon se fait frictionner à l'Eau de Cologne et en utilise dit on 60 flacons par mois. Le geste qui consiste à se parfumer prend un nouveau sens, la Cologne fait bientôt partie de l'hygiène de la vie quotidienne et apporte plaisir et bien-être.

2 - L'introduction des produits de synthèse en parfumerie - Le XIXème siècle - Les débuts d'un art Majeur.

Pour un parfumeur, la qualité d'un parfum n'est en rien liée à la présence de produits de synthèse dans sa formule. Le « nez » joue facilement avec 300 à 500 matières premières et les produits qu'il utilise sont naturels (essences et absolues) ou synthétiques. Il faut sortir du cliché d'une parfumerie ancienne, authentique et luxueuse qui aurait été supplantée par une parfumerie moderne, synthétique et de facture médiocre. La parfumerie moderne, capable d'évoquer non pas une mais mille roses, suggérant des formes parfois abstraites ou naturalistes; cette parfumerie qui produit sur nous des émotions aux registres les plus variés, est bien plus passionnante et fait du parfumeur, un artiste. Le premier parfum à avoir utilisé un produit de synthèse est le fameux « Fougère Royale » de Houbigant en 1882. La coumarine qui existe à l'état naturel dans la Fève Tonka y est utilisée pure et y apporte une note « amande » très marquée. Ce parfum est le premier d'une grande famille dite « Fougère » où la lavande, le Géranium, la coumarine créent par leur association, un accord caractéristique des parfums de cette lignée.

En 1925, Jacques Guerlain lance Shalimar. L'introduction de la vanilline y est capitale, elle lui apporte une note beaucoup douce, plus « sucrée » qu'aucun absolue de vanille naturelle n'aurait pu lui donner. De même, pas de Chanel N°5 sans les aldéhydes en 1921 et la liste des exemples pourrait être longue... Certains produits de synthèse n'existent pas dans la nature et leur utilisation élargit considérablement l'orgue du parfumeur, sa palette et sa créativité. C'est le cas de la Calone, cette note marine si spéciale utilisée dans Escape, puis L'Eau d'Issey Miyake. La parfumerie et la Chimie fine ont deux histoires intimement liées et c'est grâce à leur rencontre qu'est née la parfumerie d'aujourd'hui.

3 - Les années 1920 / 1930 - Un foisonnement sans précédent, la naissance de chefs d'œuvres toujours portés aujourd'hui.

Les années 1910 à 1930 sont marquées par une période de grande fécondité dans le domaine du parfum. Ces décennies verront la naissance d'œuvres de référence telles que « Le Chypre » de Coty à l'origine de la famille du même nom, « L'Emeraude » qui ouvre la voie des parfums Orientaux ou Le « N°5 », « Shalimar », « L'Heure Bleue » de Guerlain et d'autres parfums encore portés aujourd'hui. Si ces fragrances sont intemporelles, c'est sans doute parce qu'elles sont construites sur des idées fortes et qu'elles s'expriment avec une certaine « limpidité »; leur formule est assez courte; leur écriture est synthétique et sûre.
Ce moment de foisonnement, de recherche dans toutes les directions révèlera des personnalités qui marqueront profondément l'histoire de notre art.

Le Chypre :
En 1917, François Coty compose un accord nouveau où patchouli et mousse de chêne répondent à un cœur floral riche de rose et de jasmin. En tête, la bergamote rafraîchit l'ensemble. L'accord est fort, corsé car en quantités significatives, patchouli et mousse marquent le parfum de façon presque tannique. Il est donc nécessaire d'équilibrer avec des notes florales opulentes. Le parfum est un succès et sera suivi deux ans plus tard, de « Mitsouko » de Guerlain à la note pêche caractéristique (donnée par l'undécalactone gamma, un autre produit de synthèse si important en parfumerie).

Le Mythe « N°5 » :
Quel est le parfum le plus vendu au monde ? Avec qui Marylin s'endormait elle fidèlement chaque soir ? Quelle marque peut s'offrir le luxe d'acheter pour sa seule utilisation l'entière production d'essence de rose de mai (à Grasse) ? Le N°5 Bien sûr. En 1921, Ernest Beaux, parfumeur, propose cinq soumissions à Gabrielle Chanel qui désire lancer son premier parfum. Elle choisit le 5ème échantillon; il serait le résultat d'une erreur de dosage de la part d'Ernest beaux qui aurait mis dix fois plus d'aldéhydes que prévu. Le parfum est présenté lors du défilé de mode organisé le 5 mai qui est aussi le cinquième mois de l'année… Tous ces signes augurent ils d'une œuvre au succès prédestiné ? Le mythe est il né de ces mêmes signes ? Et si le succès du N°5 était plutôt le fruit du talent et du travail de la marque à faire vivre ses parfums dans le temps ? Remarquable, le N°5 l'est aussi bien sûr par son accord qui ne révèle pas une note en particulier mais une forme pourrait-on dire, une émotion, une identité très reconnaissable; un parfum de femme qui sent la femme disait Gabrielle Chanel… L'accord est simple : Floral, Rose, Jasmin, Ylang, très doux, vanille, tonka, poudré, iris, avec un fond légèrement chypré. Et les aldéhydes ? les aldéhydes, bien sûr, mais sans eux, on reconnaît tout de même le N°5… Donc un accord structuré, à forte identité.
Un flacon simple (standard presque au départ) que Chanel prend soin de retoucher régulièrement et imperceptiblement. Comme la formule ? Personne ne le sait. La force de Chanel est de ne pas avoir peur d'évoluer; de se renouveler dans la continuité. Mais se renouveler, ce n'est pas se renier, c'est rester fort, au fait de son temps, invincible qui sait ?

A suivre : L'Emeraude et Shalimar; L'Heure Bleue; L'Air du temps…